Vis ma vie de makeup artist

J’ai longtemps hésité avant de faire cet article et puis je me suis dit que vous seriez curieux de savoir comment se déroule une journée dans la peau d’une maquilleuse sur un défilé ou au studio photo.

J’ai une vision objective de la chose puisque j’ai été pendant près de 5 ans makeup artist pour des photographes et des productions télévisées. Je continue toujours à travailler ponctuellement sur divers projets.

Maquilleuse pro, ce n’est pas seulement un métier. C’est une passion. Parce que ce n’est pas un job facile comme on pourrait le croire.

Au commencement, fraîchement arrivée de ma province, j’intègre rapidement une école de maquillage parisienne. On m’y apprend les techniques de maquillage ainsi que l’histoire de l’art. Au bout d’un an, mon diplôme en poche, je me lance dans le monde merveilleux des strass et des paillettes. Ou devrais-je dire dans l’univers impitoyable de la mode….. 😉

Au début, consciente que je n’aurai pas de boulot si je ne me fais pas un CV digne de ce nom, je démarche des maquilleurs pour les assister.

Ça paye puisqu’une talentueuse maquilleuse qui bosse avec les plus grandes marques, notamment Dior, me recontacte pour me faire travailler sur le défilé de Dany Atrache. Le rendez-vous est fixé le lendemain soir au grand hôtel Le Westin, près du jardin des Tuileries et de la place Vendôme, là où va se dérouler le show. Imaginez moi, au milieu de toutes ces mannequins de 2 mètres, découvrant les coulisses des défilés qui m’ont tant fait rêver pendant des années. J’y étais. C’était magique. C’était grandiose, luxueux. C’était survolté et plein d’énergie. L’ambiance était électrique……

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La machine était lancée. J’enchaîne alors les shootings photo et les tournages de clips vidéos.

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Parution Paris Match

Non sans peine.

Je traverse des périodes de doutes. Je vie des semaines creuses. Je baisse parfois les bras, pour mieux me remotiver par la suite. Je passe des journées entières à démarcher les productions, à faire des tests gratuitement. Il m’arrive très régulièrement de travailler sur des séances photos les dimanches, juste pour le fun, dans l’espoir de me faire ma place.

Mais c’est comme çà que çà marche! Tu ne fais pas ce métier pour gagner ta croûte mais pour l’amour de l’art!

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Tournage à la roots! Les loges, c’est dehors 😉

Je me souviens de mon premier tournage. C’était près de Châtelet, en plein hiver, en extérieur, de nuit. On tournait un film d’époque avec de superbes costumes et des décors du 19e siècle.

L’équipe de HMC (Habillage Maquillage Coiffure) était installée sous une tente dans la rue. On avait notre espace rien qu’à nous. Sur les tables trônaient laques, poudriers, pinceaux par centaine, palettes et fards multicolores….

Le moment où l’on maquille les comédiens est, pour ma part, toujours vécu comme un moment privilégié. Installés confortablement, ils en profitent très souvent pour faire le vide. Ils se concentrent sur leur personnage, relisent leurs textes, plaisantent…

Je trouve ces moments très touchants, intenses et fragiles à la fois. C’est comme assister malgré nous à la mise à nu de leur âme. On peut ressentir leurs doutes et leurs appréhensions. Alors on les aide à se détendre, avec nos pinceaux et nos crèmes. On prend soin de masser leurs visages avant de les maquiller. Parce que nous sommes là pour eux, pour les chouchouter, pour les écouter et entrer dans leurs confidences. C’est un instant particulier que le moment où l’acteur entre dans sa loge, prend place et laisse faire le maquilleur qui le métamorphosera en son personnage. Il faut une certaine connivence pour que le comédien puisse se sentir en confiance.

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J’en arrive donc au point suivant, qui est très important à mon sens.

Pour être maquilleuse, il faut avoir un talent indéniable, que l’on oublie bien souvent de nous apprendre à l’école.

L’empathie.

Il faut savoir se montrer fin psychologue, développer un sens de l’écoute et de l’observation. Avoir un sens critique aiguisé.

Il faut comprendre ce qui nous entoure et les gens avec qui l’ont travaille. Sans çà, on ne va pas bien loin, peut importe le talent artistique.

Je me suis beaucoup investie parce que j’avais l’envie, j’avais la niaque. Et j’en tirais beaucoup de satisfaction.

J’en aurai des anecdotes à vous raconter, comme la fois où je me suis retrouvée dans les loges d’une célèbre émission par erreur, alors que j’avais rendez-vous dans le studio de l’autre côté de la rue. Je me souviens encore du coup de fil du réalisateur, paniqué, pour savoir où j’étais! Et moi de lui répondre tranquillement que je l’attendais depuis une heure. Juste pas au bon endroit! Bon, après la crise de rire, je me fais quand même la réflexion que l’accès au plateau de cette fameuse émission était quand même plutôt facile….. Il m’a juste fallut dire que je venais bosser pour que l’assistant plateau me mène jusqu’aux coulisses.

A côté de çà, je bataille pour fidéliser mon carnet d’adresse pro. Parce qu’il y a beaucoup de maquilleurs sur Paris et que les productions ont tellement de contacts qu’il ne s’agit pas se faire oublier. Il faut savoir que travailler dans ce milieu requiert une force de persévérance assez solide. En gros, si tu veux vraiment percer, et donc gagner ta vie, il faut être patient.

J’ai des souvenirs mémorables. Mes rencontres avec des acteurs célèbres, Richard Bohringer qui est une mine d’or d’histoires et de vécu, Julien Courbey vrai et simple, Ewan McGregor, la classe à l’anglaise…

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Vous vous en doutez bien. Il n’y a pas que des bons côtés. C’est un métier où il faut aussi savoir mettre son amour propre de côté, ne pas se laisser intimider par les « grands » de ce monde.

Dans le genre souvenir foireux, je me souviens de cette journée sur un shooting catalogue où le créateur, dont je tairai le nom, me lance en toute simplicité que ma robe était à chier…………… Moment de solitude………………………….. Bon, il est vrai que, n’ayant pas le porte monnaie adapté à ses créations, je ne pouvais malheureusement pas me payer des sapes de créateurs……….. Quelle malheureuse je faisais ce jour là! Où comment se sentir mal toute l’après midi.

Ou encore, lorsque, à l’heure du déjeuner durant une séance photo, la mannequin t’observe avec un soupçon de dédain t’envoyer un burger frites quant elle avale ses trois feuilles de salade. Là, pareil, une légère sensation de gêne, qui n’a pourtant pas lieu d’être, soyons bien clair, peut quand même venir gâcher le reste de ta journée.

Malgré ces petits incidents, je reconnais que c’est un métier en or grâce auquel j’ai eu la chance de rencontrer beaucoup de gens intéressants, et de faire des voyages passionnants.

C’est toujours avec beaucoup de plaisir que je vais maquiller ponctuellement sur des plateaux (le dernier en date était Maison à vendre !) ou bien que je maquille mes amies avant une soirée ou pour un mariage.

Pour clore cet article, quelques photos souvenirs!

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Parution beauté dans un magazine britannique

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Avant première parisienne du jeu Heavy Rain

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